Quand un regard peut porter malheur : plongée dans le malocchio italien

En Italie, on l’appelle malocchio. Derrière ce mot se cache une croyance populaire millénaire : celle du mauvais œil, la conviction qu’un regard jaloux ou envieux peut porter malheur, provoquer des maladies ou attirer la malchance. Présente depuis l’Antiquité, cette superstition est encore vivante aujourd’hui, surtout dans le sud de la péninsule, où elle se transmet de génération en génération.

Qu’est-ce que le malocchio ?

Le malocchio désigne le pouvoir nuisible attribué au regard de quelqu’un animé de jalousie ou d’envie. Ses effets supposés sont variés : fatigue soudaine, maux de tête, insomnie, perte de chance ou même tensions dans la famille. Les enfants, souvent admirés et complimentés, sont considérés comme particulièrement vulnérables.

Comment s’en protéger ?

  • Le geste des cornes est le geste le plus célèbre. Il sert à détourner la malchance lorsque que l’on ressent qu’une personne est jalouse ou envieuse. Cela consiste à garder la main fermée avec l’index et l’auriculaire tendus, en récitant trois fois « Ti posso accecare » (en français : je peux t’aveugler). Bien entendu, le tout de manière subtile pour ne pas se faire passer pour un psychopathe du dimanche.
  • Toucher du fer ou, pour les hommes, se toucher les parties intimes, sont aussi des moyens de conjurer le mauvais sort.
  • Il y a encore d’autres façons de se protéger, transmises de génération en génération.

Les amulettes

  • La corne : une petite corne rouge en corail, or ou argent, symbole de vitalité et de protection. On la porte en pendentif ou accrochée à la maison.
  • D’autres talismans peuvent inclure une main faisant le geste des cornes, un médaillon de la vierge Marie sur une épingle à nourrice (surtout pour les enfants) ou même un morceau de ruban rouge accroché à l’intérieur de ses vêtements (la couleur rouge repousse le mal et attire les forces positives).
  • Le piment rouge joue le rôle d’amulette protectrice, au même titre que la corne rouge.
  • Le numéro 13, en Italie n’est pas un chiffre maléfique, porté en pendentif, il est perçu comme une arme contre le mauvais œil.
  • Les poils de balai accrochés au-dessus de l’entrée sont censés bloquer ou détourner les énergies négatives. L’idée est que le mauvais œil ou les esprits malveillants doivent « compter les brins » avant d’entrer, ce qui les retarde ou les empêche d’entrer.
  • Placer du sel sous le paillasson de la porte d’entrée est une pratique populaire pour empêcher les mauvaises influences d’entrer dans la maison.
  • Jeter une pincée de sel derrière son épaule gauche est aussi un pratique populaire, toujours dans une logique de purification et de protection.

Les prières et rituels

Dans plusieurs régions, certaines femmes âgées connaissent des prières secrètes pour diagnostiquer et guérir le malocchio. Ces formules se transmettent traditionnellement la veille de Noël à minuit, à une seule personne choisie, afin que le pouvoir soit transmis.

Le rituel de l’huile et de l’eau

L’un des rituels les plus connus pour détecter le malocchio se pratique avec de l’huile et de l’eau :

  1. On remplit un bol d’eau.
  2. Quelques gouttes d’huile d’olive sont versées dedans.
  3. Si les gouttes restent entières, aucun mauvais œil n’est présent. Mais si elles se brisent, se dispersent ou forment ensemble un dessin particulier, c’est le signe du malocchio.
  4. La guérisseuse récite alors une prière secrète. On refait tomber de l’huile dans l’eau jusqu’à ce que les gouttes restent intactes, signe que le mauvais œil est dissipé.
  5. Enfin, l’eau est jetée dehors pour emporter avec elle les influences négatives.

Des racines antiques

Le malocchio ne date pas d’hier. Déjà dans la Rome antique, on redoutait le pouvoir du regard, appelé fascinum. Les Romains utilisaient des amulettes pour s’en protéger. Avec le temps, ces pratiques se sont mêlées au christianisme et aux traditions locales, formant la culture populaire italienne telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Une superstition toujours vivante

Bien qu’il soit parfois évoqué avec humour ou comme un élément folklorique, le malocchio reste pris au sérieux par de nombreuses familles italiennes, en particulier dans le sud. Entre gestes symboliques, amulettes colorées et rituels transmis de génération en génération, cette croyance millénaire continue d’accompagner la vie quotidienne, reflet de la richesse spirituelle et culturelle de l’Italie.

🌶 Le malocchio, plus qu’une superstition, est un héritage culturel fascinant, où se mêlent histoire, religion et traditions populaires.

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